L’ENVIRONNEMENT EN POITOU-CHARENTES (http://www.environnement-poitou-charentes.org) L'Etat - membre fondateur Région Nouvelle-Aquitaine
La situation
Paysages
Etat

Typologie des paysages rencontrés

Dernière mise à jour : 25/08/2004

Selon l’inventaire des paysages de Poitou-Charentes, la région comporte 80 entités paysagères appartenant à huit grands types de paysages auxquels s’ajoutent quatre paysages singuliers.

Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les plaines de champs ouverts

Les plaines de champs ouverts, qui regroupent l’ensemble des grandes plaines céréalières de la région, la marquent fortement et y sont importantes en surface (17%). De plus, les principales infrastructures de transport d’importance nationale traversant le Poitou-Charentes offrent ce type de paysage aux regards des voyageurs.

Bien que parfois décrié et ressenti négativement, notamment lorsqu’il est assimilé et réduit à une industrie agricole génératrice de désordres dans l’environnement, ce type de paysage est le symbole de l’activité rurale et paysanne de nos campagnes depuis des siècles. Il correspond d’ailleurs assez précisément au schéma –que chacun de nous peut avoir à l’esprit– des grandes plaines cultivées françaises.

Sans obstacle, l’œil peut voler sur les étendues immenses de territoires et ne rencontre que le ciel. Du fait de la platitude du relief, le moindre objet se remarque et apparaît le plus souvent, et le plus distinctement, à l’horizon. Les plus courants d’entre eux, clochers, silos, châteaux d’eau, pylônes électriques, mais aussi arbres isolés, bosquets –sans oublier les parcs– viennent capter l’œil à la rencontre du ciel et des champs. Il faut savoir apprécier la grandeur et la respiration de ces espaces d’organisation simple.

Traditionnellement, les secteurs de grandes cultures sont aussi des territoires où l’habitat est fortement regroupé, c’est là un caractère essentiel de ces paysages. Il y a une véritable composition des villages, non seulement compacts, mais aussi pourvus, sur leur zone de contact avec la plaine, d’un vocabulaire de transition fait de jardins, de bosquets, de vergers, et de murs d’enceinte, qui font que les fenêtres des maisons ne s’ouvrent pas directement sur l’immensité des cultures et sur le vent qui les balaie.

La culture généralisée du sol, qui procure le grand dégagement visuel des plaines, forme avec le relief plat l’essentiel du caractère des paysages. Les cultures elles-mêmes, leurs matières, les couleurs qui se succèdent selon la saison, forment donc la principale substance paysagère de ces secteurs.

Dans cet ensemble au sol plan, vient parfois se glisser une vallée dont la végétation signale la présence et apporte un volume que le relief ne leur a pas accordé.

Les paysages de la plaine sont fragiles. L’horizon dégagé met directement en contact le ciel et la terre. Le moindre objet –pavillon, centre commercial– qui s’y interpose, est vu de très loin, et détruit leur identité de campagne, la beauté de leurs larges horizons. C’est donc paradoxalement un type de paysage qui nécessite une grande attention d’intégration, plus délicate peut-être que, par exemple, dans le paysage cloisonné du bocage.

Ce type de paysage comprend :

  • la plaine d’Aunis,
  • la plaine du nord de la Saintonge,
  • la plaine de Niort,
  • les plaines de Neuville à Thouars,
  • les plateaux de Pamproux et de Lezay,
  • la dépression de Villebois-Lavalette.

Les plaines vallonnées - boisées

Ces paysages regroupent une gamme très variée de secteurs dans lesquels des vallonnements ou des boisements, parfois les deux, créent des organisations spatiales spécifiques qui ne relèvent ni de la plaine de champs ouverts, ni du bocage. Se pose d’ailleurs la question de savoir si ces paysages forment bien un grand type régional ou si au contraire, tout ou partie d’entre eux ne constitue pas des paysages singuliers propres au Poitou-Charentes. Ces régions, qui représentent environ 23% du territoire régional, proposent d’autres structures paysagères dont la diversité est source de richesse.

Malgré le degré de pittoresque de certains secteurs, qui renvoient même parfois à l’idée de campagne idéale, ces paysages souffrent trop souvent d’un déficit de représentation : il n’y a pas de clichés immédiatement reconnus.

Pourtant une découverte approfondie révèle un grand nombre de scènes et de sites remarquables.

Qu’il s’agisse de la brande, des châtaigniers, des vergers, bosquets ou alignements, la végétation contribue toujours fortement à l’identité de ces paysages, allant jusqu’à leur donner leur nom (terres de brandes, terre rouge à taillis).

L’eau ne se présente que rarement de façon directe au regard. Mais même cachée, elle participe pour chaque paysage et selon des formes spécifiques à leur caractère (rivières, mares, étangs).

Enfin, l’organisation et surtout la nature du bâti répondent souvent dans ces paysages aux réalités de roches (pierre de tuffeau dans la région du même nom) et de reliefs (vallées, coteaux) sous-jacents.

"Pays souvent jolis, dont l’harmonie aimable contraste avec la rigidité des plaines calcaires." Citation de Jean PITIE. Région du tuffeau, Plaines vallonnées – boisées

Dans ces paysages tout en finesse, où les éléments s’articulent avec une grande variété, la tendance à l’abandon progressif de ces motifs constitue le principal facteur de banalisation de ces paysages pourtant typiques du Poitou-Charentes.

Ce type de paysage comprend :

  • la région du tuffeau,
  • les terres de brandes,
  • les terres rouges à taillis,
  • le Ruffécois,
  • la plaine haute d’angoumois,
  • la campagne de Pont L’Abbé d’Arnoult – Gémozac,
  • la campagne de Cozes – Sémussac.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les bocages

Les paysages de bocage regroupent l’ensemble des secteurs de la région où les haies sont suffisamment présentes et organisées en maillage, au point d’en constituer un élément marquant du paysage. Les deux grands blocs de paysages de bocages de Poitou-Charentes correspondent assez précisément aux deux extrémités des massifs anciens que sont le Massif armoricain pour les bocages deux-sèvriens d’une part, et le Massif Central pour les bocages de la Vienne et de la Charente limousines d’autre part. Ces paysages représentent environ 21% du territoire régional.

Le modèle bocager est particulièrement inscrit dans la mémoire collective à travers notamment l’enseignement de la géographie à l’école. Au bocage est souvent associée l’image d’une campagne pastorale, arborée, variée, calme, authentique, offrant des petites scènes au sein desquelles les arbres, les prés, les animaux composent un cadre accueillant, plaisant et frais.

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, ces types de paysages sont relativement récents, bien plus en tous cas que la plupart des plaines de champs ouverts picto-charentaises.

"Au sol, deux visions du bocage se répètent à l’infini. D’une part, celle que donnent "chemins creux" : bordés de haies, en contrebas des terres cultivées, ils forment en été autant de tunnels de verdure où l’on ne voit rien que les haies encadrantes, le chemin lui-même sur quelques dizaines de mètres, et de place en place les brèches aménagées dans les clôtures pour accéder aux champs riverains. A l’intérieur de ceux-ci la perception du bocage devient moins étouffante." Citation de Jean PITIE. Bocages

"Grifférus, je revois tes falaises sombres, tes rocs de granit rose, tes bois noirs accrochés aux flancs des pentes raides. Je revois tes landes de genêts et les myriades de papillons d’or dansants dans le vent léger. Je revois les eaux vertes de l’Argenton qui glissaient avec un bruit doux et clair entre les rives fleuries." Citation de Serge LAFOSSE-GUILLEMAIN. Paysages de vallées, Bocage bressuirais

Les différents secteurs de bocage sont notamment identifiés par les modulations courtes de relief et par les affleurements du rocher (chirons et chaos granitiques).

Considérés comme de véritables châteaux d’eau, parce qu’ils reçoivent les plus fortes précipitations de la région, les bocages présentent un chevelu dense et complexe de rivières et de ruisseaux.

La haie, emblème des paysages de bocages est le principal élément de structuration de l’espace. Elle en définit les couleurs, les textures qui se marient avec celles des prairies, abondantes dans ces secteurs. La haie délimite les horizons, souvent rapprochés, où seules les ouvertures créées par les barrières de prés offrent des perspectives lointaines.

Contrairement à la plaine, l’habitat en bocage est dispersé. De petites unités de fermes, hameaux, châteaux et manoirs isolés forment comme une véritable myriade.

Dans ces paysages, qui ne sont pas en équilibre naturel et supposent donc l’intervention régulière de l’homme, le maintien de l’élevage bovin ou ovin contribue, et doit encore contribuer à leur qualité.

L’abandon, l’enfrichement des coteaux et fonds de vallées d’une part ou les transformations parcellaires trop brutales constituent des risques importants de modification des bocages de la région.

Ce type de paysage comprend :

  • la bande bocagère de la plaine de Niort,
  • la Gâtine de Parthenay,
  • le Bocage bressuirais,
  • les contreforts de la Gâtine,
  • l’Entre plaine et Gâtine,
  • les terres rouges – secteur bocager,
  • les terres froides.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les terres viticoles

Les terres viticoles regroupent l’ensemble des secteurs où la culture de la vigne est dominante. S’inscrivent dans ces paysages les territoires suffisamment conséquents en terme de superficie à l’échelle régionale, pour offrir une succession et une multiplicité de points de vue évoquant une réalité viticole économique, historique ou culturelle évidente.

Ces types de paysage portent souvent les noms des vins et des spiritueux qu’ils produisent. La Champagne charentaise fait référence aux campagnes (en ancien français) correspondant aux plaines calcaires ou crayeuses, les Borderies et Fins Bois font référence à des secteurs défrichés au Moyen Age.

C’est naturellement le pourcentage en surface des parcelles de vigne sur le terrain –variable d’un secteur à l’autre– qui détermine le caractère plus ou moins viticole du paysage. L’activité viticole elle-même, de par sa diversité saisonnière, anime spécifiquement les paysages de ce type.

La vigne marque ces paysages par sa matière peignée, qui laisse passer l’œil sur elle. Les soins portés à la conduite et à l’entretien de ce motif végétal se répercutent sur la qualité paysagère d’ensemble, ce qui donne à l’observateur une sensation d’espace jardiné. Les bosquets s’en détachent visuellement de manière pittoresque. C’est la texture, plus que la couleur, qui s’exprime à travers les différentes orientations des rangs de vignes selon les parcelles. La variation de couleurs s’exprime plutôt dans le temps, au rythme du cycle de végétation de la vigne.

"(…) région plissée de collines, où les bois, les champs, les petits vignobles, faisaient et défaisaient une perspective toujours changeante (…)." Citation de Geneviève FAUCONNIER. Coteaux du Lary, Terres viticoles

C’est encore la vigne, à travers son parcellaire, combinée parfois aux champs de culture ou aux prairies, qui révèle les douces ondulations du relief.

Le bâti ainsi que l’ensemble des éléments construits participent pleinement à l’identité de ces paysages, non seulement dans les matériaux de construction, mais aussi dans l’organisation des domaines, des hameaux et des bourgs. Par exemple, le calcaire dur de Charente est utilisé pour l’ensemble du bâti (maisons de maîtres, chais, porches…). Les exploitations, organisées spécifiquement pour l’activité viticole, sont réparties assez régulièrement dans le paysage et ont bénéficié parfois de compositions architecturales et paysagères très soignées. L’histoire mouvementée du vignoble (maladies successives dévastatrices au XIXe siècle) est pour partie à l’origine de la prise de conscience, puis du souci permanent du propriétaire exploitant à veiller conjointement à la qualité de son produit en même temps qu’à celle de son domaine, de son paysage.

Tandis que le Cognac traverse une période difficile ("crise du Cognac"), les productions viticoles du Poitou confortent leur place dans la production viticole française. Dans ce contexte rapidement évolutif, les enjeux et menaces relatifs à ces paysages sont difficiles à appréhender. Pourtant, les paysages viticoles, porteurs d’activité, de qualité et d’image, ont un rôle capital en Poitou-Charentes.

Ce type de paysage comprend :

  • la Champagne charentaise,
  • le pays bas,
  • les Borderies et Fins Bois,
  • les coteaux de Gironde,
  • le bocage viticole de Mirambeau,
  • les coteaux du Lary,
  • le vignoble saumurois,
  • le vignoble du Haut Poitou.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les terres boisées

Les terres boisées regroupent tous les secteurs qui –toujours à l’échelle régionale– créent des effets de transition paysagère entre d’autres secteurs bien identifiés (entre plaines et vallées, au contact de plaines vallonnées ou de terres viticoles…). C’est donc ici la présence répétée de l’arbre dans le paysage qui en détermine l’identité. Les descriptions dans les ouvrages sur la région, les observations sur le terrain permettent d’identifier et de localiser ces secteurs assez précisément, mais la réalité des terres boisées renvoie aussi à des dimensions historiques, culturelles voire légendaires.

La "marche boisée", en particulier, regroupe un ensemble de forêts et massifs forestiers appartenant à une large bande reliant la forêt de la Braconne, en Charente, à la forêt de Benon en Charente-Maritime, en passant par Aulnay et Chizé. Cette bande forestière, qui correspondrait –pour partie– à l’ancien massif de la forêt d’Argenson, n’est plus que partiellement boisée. Pourtant, elle a constitué et constitue encore un espace de transition entre Poitou et Charentes. Ce caractère boisé est plus flagrant encore pour les autres secteurs de la région appartenant à ces paysages. C’est dans les Charentes qu’ils se situent pour la plupart (voir liste d’entités ci-après).

La forêt, et plus largement l’arbre sous toutes ses formes (bois, bosquets, boqueteaux), constituent la base d’identification des terres boisées. Alors que certains secteurs offrent une succession de massifs aux découpes complexes et de toutes tailles, d’autres, telles les forêts domaniales, forment de plus grandes compositions avec leurs tracés caractéristiques (allées forestières, perspectives, carrefours en étoile...).

Dans une région aux reliefs peu marqués, la forêt intervient le plus souvent seule comme élément de transition, élément à franchir pour passer d’un paysage à un autre. C’est le cas de la "marche boisée" entre la plaine de Niort et la plaine du nord de la Saintonge. A Chizé, grâce au sol et aux microclimats, on trouve des végétaux du nord qui trouvent ici leur station la plus méridionale, et inversement des végétaux du sud en limite septentrionale de leur aire. Cette rencontre botanique crée un lieu et des paysages forestiers tout à fait spécifiques.

Ailleurs, les éléments boisés viennent accentuer les formes des vallées, s’associent aux accidents de reliefs ou aux manifestations de l’eau (gouffres, fosses, sources…) pour s’inscrire pleinement dans l’identité paysagère d’un territoire (pays du karst, pays d’Horte).

L’eau elle-même singularise les terres boisées les unes des autres ; dans le petit angoumois ou la double saintongeaise, le sol argileux favorise la présence d’étangs et de lacs. Un réseau dense de petits ruisseaux les parcourt.

Le bâti n’est pas le même selon qu’il se fond pleinement dans un massif boisé, qu’il s’y insère au sein d’une clairière (exemple des maisons forestières) ou qu’il se rattache plus spécifiquement à une organisation paysagère de vallée. Tous les cas de figure se présentent.

Ce type de paysage comprend :

  • la "marche boisée",
  • le pays du karst,
  • le pays d’Horte,
  • les côtes de l’angoumois,
  • les collines de Montmoreau,
  • le petit angoumois,
  • la double saintongeaise,
  • les bois et forêt de la Lande.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les paysages littoraux

Les espaces littoraux de Poitou-Charentes font l’objet de très nombreuses représentations liées à la peinture, la littérature, mais aussi aux formes modernes du tourisme, du cinéma, de la télévision (émissions télévisées françaises et étrangères au Fort Boyard). Ils créent donc de fortes attentes en terme de paysage. Si certains secteurs du littoral pourraient être associés aux plaines, ou aux terres boisées, la puissance paysagère de la mer est telle que sa proximité modifie la perception des lieux. Les marais littoraux, au même titre que les baies, anses, pertuis ou côtes rocheuses, n’échappent pas à cet état de fait : ils tiennent à la mer par proximité et dans l’imaginaire que porte leur nom.

Ces types de paysage concernent environ 6% du territoire régional.

Les îles rassemblent sur une petite surface des ambiances très typées (villages, vignes, plages, marais…), leur platitude conditionne fortement la perception des différents secteurs qui les composent. Ceci est accentué dans les marais littoraux, espaces amples et ouverts dont les presqu’îles en éminence servent de fond. Le littoral est animé par l’alternance de ces paysages qui brodent autour du contact de la terre, de l’océan et des marais.

Ce sont des paysages très changeants, ne serait-ce que par les variations raffinées de lumière, les caprices de l’eau (celle de l’océan ou des marais), la douceur du climat puis la violence des vents d’ouest, le fil des saisons ou les flux touristiques.

"Les eaux de la Seudre, les eaux de la Gironde, les grands courants de l’Océan, les petits courants de l’extrémité méridionale de l’île pèsent là a la fois sur les sables mouvants que la mer a entassés sur la côte et font de cette masse un tourbillon. Ce n’est pas un gouffre, la mer paraît plane et unie à la surface, à peine y distingue-t-on une flexion légère ; mais on entend sous cette eau tranquille un bruit formidable." Citation de Victor HUGO. Pertuis de Maumusson, Paysages littoraux

"Vus d’un peu loin, l’île et le continent ne font plus qu’un ; le soleil qui le soir la prend à revers dessine un peu plus vigoureusement la ferme silhouette d’une terre basse, où l’on voit quelques arbres, une indication de village, et la flèche aiguë d’une église. Cette mince aiguille, aux équinoxes, se dessine précisément comme sur un cadran de feu, posée de six heures à midi sur le disque écarlate du soleil couchant." Citation d’Eugène FROMENTIN. Ile de Ré, Paysages littoraux

"La grand’côte ou la côte sauvage est toute cette partie de l’île qui regarde le large, les infinis de l’océan ; partie sans cesse battue par les vents d’ouest. Ses plages s’étendent sans aucune courbure, droites, infinies, et les brisants de la mer, arrêtés par rien, aussi majestueux qu’à la côte saharienne, y déroulent, sur des lieues de longueur, avec de grands bruits, leurs tristes volutes blanches. Région âpre, avec des espaces déserts ; région de sables, où de tout petits arbres, des chênes verts nains s’aplatissent à l’abri des dunes. Une flore spéciale, étrange et, tout l’été, une profusion d’œillets roses qui embaument. Deux ou trois villages seulement, séparés par des solitudes (...)." Citation de Pierre LOTI. Ile d’Oléron, Paysages littoraux

"C’est une île renfermée de marais bocageux, où de cent en cent pas, il y a des canaux pour aller chercher le bois par bateaux. L’eau claire, peu courante, les canaux de toutes largeurs. Parmi ces déserts, mille jardins où l’on ne va que par bateaux. (…) infinis moulins et métairies insulées, tant de sortes d’oiseaux qui chantent de toutes sortes ; de ceux de la mer je vous envoie des plumes. Des poissons, c’est une monstruosité, la quantité, la grandeur (…)." Citation de Henri DE NAVARRE. Marais Poitevin, Paysages littoraux

"Pour les gens qui ont sur les paysages des idées de convention, et auxquels il faut absolument le site de vignette, l’eau courante entre des peupliers et la montagne surmontée du vieux château, pour ces gens-là, il est admis d’avance que cette pauvre route est très laide. Moi, je la trouve exquise, malgré les lignes unies de son horizon. De droite et de gauche, rien cependant, rien que des plaines d’herbages où des troupeaux de bœufs se promènent. Et en avant, sur toute l’étendue du lointain, quelque chose qui semble murer les prairies, un peu tristement, comme un long rempart : c’est l’arête du plateau pierreux d’en face, en bas duquel la rivière coule ; c’est l’autre rive, plus élevée que celle ci et d’une nature différente, mais aussi plane, aussi monotone. Et dans cette monotonie réside précisément pour moi le charme très incompris de nos contrées ; sur de grands espaces, souvent la tranquillité de leurs lignes est ininterrompue et profonde." Citation de Pierre LOTI. Marais de Rochefort, Paysages littoraux

Dans ces paysages plats, les rares évènements de relief représentent un caractère paysager primordial. On parle de micro reliefs : ceux des jas et des bosses du marais de Brouage, ceux des anciennes îles du Golfe des Santons ou de celui des Pictons (…), ceux aussi des petites falaises des côtes rocheuses où la roche calcaire expose sa blancheur aux rayons du soleil.

L’eau s’exprime dans tous ses états : fougueuse et rognant la falaise, remontant et colorant les estuaires ou au contraire domptée et acheminée dans les canaux, accueillie puis retenue dans les claires ostréicoles…

Chacun des paysages du littoral présente un cortège végétal reconnaissable qui le marque plus fortement que tout autre motif. Les îles, la Côte de Beauté trouvent dans la végétation une de leurs caractéristiques les plus vives (roses trémières, pins, peupliers blancs, tamaris…). Alors que les cultures dominent dans certains secteurs de marais, des pâturages, des zones humides riches en faune et flore viennent animer ces paysages.

Les bâtis et motifs construits de ces secteurs sont également fort variés. Ils oscillent entre petits villages traditionnels très pittoresques, hameaux et bourgs ruraux aux extensions urbaines contemporaines plus banales, villes d’hivers de cités balnéaires, sans oublier l’architecture militaire très présente sur cette frange du littoral.

Les zones littorales sont probablement, dans l’ensemble régional, celles qui présentent, au regard de leur évolution et des modifications paysagères, les situations les plus complexes. Le changement plus ou moins rapide des spécialisations économiques (agriculture, ostréiculture, tourisme) constitue les premiers facteurs de transformation du paysage. Les évolutions urbaines, sous la pression touristique toujours croissante, constituent un enjeu de paysage tout aussi fort.

Ce type de paysage comprend :

  • les pertuis,
  • les îles,
  • les presqu’îles et côtes rocheuses,
  • les baies et anses,
  • les marais (cf. Couverture pour détail des secteurs).
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les paysages de vallées

Toutes les vallées –petites ou grandes– de Poitou-Charentes, rentrent naturellement dans cette rubrique. Ce type de paysage est particulièrement riche et diversifié dans la région.

La lecture paysagère d’une vallée ne fait pas appel aux mêmes schémas que ceux qui s’appliquent aux autres types de paysages (plaines, bocages…). Les clichés sont plus forts, plus nombreux, de même que, pour la région elle-même, les représentations plastiques et picturales. Elles sont aussi plus habitées et plus fréquentées que les autres secteurs, si ce n’est la côte. Les principales vallées (identifiées ici) recouvrent à elles seules plus de 11% du territoire régional.

Leurs organisations et qualités paysagères sont très variées selon que l’on se situe en amont, sur le socle des roches anciennes où elles prennent alors des allures presque montagnardes (la Gartempe), ou en aval dans les plaines calcaires où elles s’étalent généreusement en de multiples bras jusqu’aux marais.

"La plus que lente, la rêveuse aux yeux ouverts s’invente des raisons d’avoir à convoyer le souvenir des arbres vers la mer. Elle s’est couchée dans le drap des saisons et le ciel de son lit boit le lait des planètes." Citation de Claude ROY. Val d’angoumois, Vallées

Il y a peu de perception sensible de l’ensemble des vallées : le réseau des communications, routes et chemins n’en autorise pas une lecture continue. Seule, l’approche ponctuelle, lors des franchissements dans les bourgs, ou sur de (trop) courts tronçons en rive, en autorise une perception par sites ou scènes.

C’est pour l’essentiel le relief et les roches traversés qui déterminent les sites et les caractères des vallées. La position de seuil géologique régional intervient dans une large mesure dans l’extrême diversité des paysages de vallées. De crêtes en fonds, de falaises en coteaux, de chaos rocheux en sables, la diversité paysagère existe au sein d’une même vallée.

L’eau, dont la circulation est étroitement liée aux éléments sus cités, anime différemment ces paysages en fonction de son flux, de sa couleur (parfois très changeante) ou de ses caprices saisonniers. Elle imprime ses formes dans le paysage (boucles, méandres, prairies inondables…).

Dans les vallées, la végétation se manifeste sous des formes très diverses et contribue ainsi à la variété des paysages rencontrés. La végétation des rives s’organise en bandes de ripisylve plus ou moins épaisses et denses selon les situations.

Tous les éléments bâtis participent au tableau : du petit patrimoine hydraulique au petit bourg de flanc de coteau ou de fond de vallée, en passant par les éléments de franchissement (viaduc, pont, passerelle, gué…).

Les modifications paysagères des vallées ont trait en premier lieu à la gestion de l’eau elle-même : multiplication des retenues collinaires, rectification et calibrage des cours d’eau, abandon d’entretien des berges par les riverains qui n’en ont plus le temps (ou les moyens), drainage des terres… Mais c’est aussi l’urbanisation sans composition spatiale, (mitage, dissémination linéaire d’éléments bâtis auprès des infrastructures…) qui constitue l’une des évolutions en même temps que l’un des enjeux majeurs de la plupart des paysages de vallées.

Ce type de paysage comprend les principales vallées régionales suivantes (ainsi que les vallées des principaux affluents des fleuves et rivières mentionnées ci-dessous) :

  • la Sèvre nantaise,
  • le Thouet,
  • le Clain,
  • la Vienne,
  • la Creuse et la Gartempe,
  • l’Autize et la Sèvre niortaise,
  • la Boutonne,
  • la basse Charente,
  • le val d’angoumois,
  • la haute Charente,
  • la Seugne,
  • la Seudre,
  • la Tardoire,
  • la Dronne,
  • la Nizonne.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les paysages urbains et les espaces d’influence urbaine

Certaines villes, en s’inscrivant avec force dans un site, dans un environnement particulier, participent pleinement à la qualité du paysage. S’appuyant sur un relief accidenté, s’allongeant le long d’un cours d’eau (…), elles ont historiquement occupé et mis en valeur des sites remarquables. Une ville comme Angles-sur-l’Anglin (Vienne), comme son nom l’indique, ne saurait être mentalement ou physiquement séparée du paysage même de la rivière et de la vallée de l’Anglin. Des représentations nombreuses existent sur le patrimoine bâti urbain. Les villes sont plus rarement représentées selon des visions d’ensemble en tant que paysages, qu’elles composent pourtant.

Historiquement, les implantations humaines, puis les développements urbains ne se sont pas faits au hasard. Les motivations ont été stratégiques, défensives, économiques ou commerciales (…). Implantées sur des vallées, la plupart des grandes villes de Poitou-Charentes sont en outre situées à la confluence de deux ou trois vallées (Poitiers, Angoulême, Châtellerault…). La Rochelle, quant à elle, jouit d’un havre sur la côte d’Aunis.

"(...) vieille ville bâtie au sommet d’une roche en pain de sucre, qui domine les prairies où se roule la Charente. Ce rocher tient vers le Périgord à une longue colline qu’il termine brusquement sur la route de Paris à Bordeaux, en formant une sorte de promontoire dessiné par trois pittoresques vallées. L’importance qu’avait cette ville au temps des guerres religieuses est attestée par ses remparts, par ses portes et par les restes d’une forteresse assise sur le piton du rocher. (...) mais sa force d’autrefois constitue sa faiblesse d’aujourd’hui : en l’empêchant de s’étaler sur la Charente, ses remparts et la pente trop rapide du rocher l’ont condamnée à la plus funeste immobilité." Citation de Honoré de BALZAC. Angoulême, Paysages urbains

En terme de relief, la ville d’Angoulême par exemple, a tiré profit de son site exceptionnel –une hauteur rocheuse dominant les vallées de la Charente, de la Touvre et de l’Anguienne– pour assurer sa protection. Elle offre aujourd’hui le plaisir de parcours urbains d’une grande qualité, au travers de ses places ouvertes sur l’horizon, de ses rues qui font balcon sur les vallées.

L’eau cristallise l’histoire et l’identité paysagère de la ville : l’eau–ressource, l’eau–spectacle, l’eau qui libère la ville de ses miasmes, l’eau qui emmène les bateaux, l’eau enfin, une nature dans la ville, une coulée verte.

La ville, pour mieux respirer, réintègre des espaces où le végétal prime (parcs, squares…). Plus encore, chacune s’appuie sur ses éléments constitutifs de relief –ou de constructions obsolètes tels les remparts– pour mettre en scène ses espaces, ses paysages. On les plante de mails, d’alignements d’où l’on peut (enfin) contempler le paysage urbain.

Faute de pouvoir trop bouleverser les sites qui les ont accueillis, les villes ont dû composer avec le relief et l’eau. Ces dernières décennies, l’urbanisation galopante dans les franges des villes, tout en s’affranchissant de contraintes techniques, est sortie de ce cadre paysager.

L’extension actuelle en surface des principales agglomérations de Poitou-Charentes (comme ailleurs) tend à rattacher par le biais d’un "tissu urbain" lâche mais continu, des zones d’habitat périphérique autrefois lointaines. De vastes espaces changent ainsi très vite de statut. D’espace rural à espace urbain ou urbanisé (sans être vraiment "de la ville"), ces zones périurbaines au statut flou, voir fourre-tout, ne reposent sur aucun modèle ancien auquel se référer, d’où trop souvent leur banalisation. Chaque ville, chaque bourg, chaque village a sa propre personnalité à conforter, celle-ci se joue toujours dès l’extérieur, à travers la qualité des paysages traversés pour y accéder et parvenir en son centre (notamment les entrées de ville).

Ce type de paysage comprend :

  • Poitiers – Châtellerault,
  • La Rochelle,
  • Niort,
  • Angoulême,
  • Rochefort,
  • Saintes,
  • Cognac,
  • l’ensemble des principales agglomérations de la région.
Grands types de paysages
Grands types de paysages

Les paysages singuliers

Chaque paysage de cette catégorie possède des caractéristiques si particulières qu’il se distingue fortement des grands types paysagers évoqués plus haut. Ces paysages singuliers ne correspondent à aucun autre (y compris hors région) et n’ont donc pas grand chose de commun entre eux, si ce n’est qu’ils ont, chacun, leurs propres spécificités.

En surface, ils représentent moins de 0,5% du territoire régional.

Il est effectivement des paysages – en Poitou-Charentes, en France et ailleurs – qui présentent des systèmes paysagers uniques. C’est le cas typique de la Venise Verte dont le nom lui-même est désormais entré dans le langage courant pour nommer ce secteur très localisé du marais mouillés du Marais Poitevin.

Le Pinail, également, présente une configuration paysagère – associée à des modes de gestion – très spécifique. D’autres lieux aux caractéristiques paysagères équivalentes, mais moins (re)connus, de moindre importance en superficie ou disséminés dans le vaste territoire des brandes du Poitou lui ressemblent. Mais le Pinail, de par l’étendue et la cohérence du site ainsi que les modes de gestion actuels (associés au statut de Réserve Naturelle), constitue véritablement aujourd’hui une figure unique, qui bénéficie en outre de représentations particulières. Les photos aériennes de ce site d’exception, montrant le miroitement d’une multitude de mares, sont l’une de ses images les plus diffusées.

Il est d’autres paysages qui se détachent à la fois visuellement, physiquement ainsi que par les usages et pratiques spécifiques qui s’y exercent ; c’est le cas des terrains militaires dont ceux de Montmorillon, qui appartiennent aux brandes du Poitou et ceux d’Avon-Bougon-Exoudun (bocages de Bougon-Avon).

À leurs manières, ces paysages – et très certainement d’autres plus localisés – constituent pour la région et au-delà, des paysages singuliers. Ils justifient – à cette échelle – une catégorie à part, qui ne demande qu’à être élargie…

Grands types de paysages
Grands types de paysages
  •  Pour aller plus loin
  •  Voir sur l'Environnement en Poitou-Charentes : les éléments de Contexte régional associés
  •  Lien avec une autre thématique de l'Environnement en Poitou-Charentes
  • Brande : landes particulières où prédomine la Bruyères à balai.
  • Chaos granitique : Un massif granitique est toujours découpé en blocs parallélépipédiques par des fissures appelées diaclases. Celles-ci forment un réseau plus ou moins dense, étant disposées selon trois directions perpendiculaires. Ces diaclases n’existent généralement que dans la partie superficielle du massif. Elles ont cependant un rôle considérable dans la dégradation : elles permettent à l’eau de s’infiltrer et constituent des "zones de faiblesses" à partir desquelles va se réaliser la dégradation. Les eaux de pluies, plus ou moins chargées de dioxyde de carbone, s’infiltrent dans les diaclases et altèrent le granite. Cette altération, qui se traduit par une désagrégation de la roche, est en fait une transformation chimique de certains minéraux du granite. Il perd ainsi sa cohésion naturelle et se transforme en sable grossier, l’arène granitique composée de grains de quartz (inaltérables), de cristaux de feldspaths altérés, de paillettes d’argile (silicate d’alumine hydraté) et de constituants solubles. Les produits de l’altération sont entraînés à l’état solide ou dissous par les eaux de ruissellement. Il reste un chaos de blocs de granite.
    http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/svt/travaux/elorn/res-nat2.htm
  • Chiron : En Gâtine, le "chiron" (appellation locale pour désigner les blocs granitiques de forme ovoïde, composants les chaos granitiques) est un élément très présent dans la nature, autour duquel se sont imaginées de nombreuses légendes et histoires mystérieuses. Le site naturel du Rocher Branlant sur la commune de Largeasse (Deux-Sèvres) est parsemé de ces chirons, où également un chaos granitique laisse entrevoir une pierre branlante : le Rocher Branlant.
  • Jas : Terme vernaculaire utilisé pour décrire une dépression hygrophile, vestige de la saliculture. La saliculture a été, au XVIIe siècle, la première production dominante du marais de Brouage. Les 3/5 de sa superficie ont donc été façonnés de façon à piéger l’eau de mer pour en extraire le sel par évaporation. Il en résulte un micro-relief qui persiste de nos jours. Les anciens bassins, ou jas, creusés dans l’argile étanche (bri), entourés de bosses ou levées et reliés au réseau hydraulique par des fossés, écours ou canaux, en font un paysage particulier et réputé remarquable.
  • Mitage : Développement non contrôlé d’un habitat dispersé en milieu rural.
  • Pertuis : Zones maritimes abritées, délimitées par les îles et par le continent, correspondant à des mers "intérieures".
  • Réserve naturelle : En application de la Loi n°76-629 du 10 juillet 1976 (art. L.242-1 et suivants du Code Rural), les réserves naturelles sont des territoires classés lorsque la conservation de la faune, de la flore, du sol, des eaux, de gisements de minéraux et de fouilles et, en général, du milieu naturel présente une importance particulière ou qu’il convient de les soustraire à une intervention artificielle susceptible de les dégrader. Le classement peut affecter le domaine public maritime et les eaux territoriales françaises. Des réserves pouvaient être crées auparavant suivant l’article 8 bis de la loi du 2 mai 1930 (EIDER-IFEN).
  • Ripisylve : Formation végétale qui se développe sur les bords des cours d’eau ou des plans d’eau situés dans la zone frontière entre l’eau et la terre (écotones). Elle est constituée de peuplements particuliers du fait de la présence d’eau pendant des périodes plus ou moin longues (saules, aulnes, frênes en bordure, érables et ormes plus en hauteur, chênes pédonculés, charmes sur le haut des berges). On distingue : le boisement de berge (généralement géré dans le cadre des programmes d’entretien des rivières) situé à proximité immédiate du lit mineur, et la forêt alluviale qui s’étend plus largement dans le lit majeur. La nature de la ripisylve est étroitement liée aux écoulements superficiels et souterrains. Elle exerce une action sur la géométrie du lit, la stabilité des berges, la qualité de l’eau, la vie aquatique, la biodiversité animale et végétale.
  • Tuffeau : Le Tuffeau est une roche sédimentaire marine qui affleure dans la zone sud-ouest du bassin parisien, le Val de Loire… Le Tuffeau est constitué de restes d’organismes et de fragments de roches apportés jusqu’à la mer par les cours d’eau sous forme d’alluvions. Agé de 90 millions d’années, les sédiments déposés ont subi un tassement qui, par pression, a permis leur recristallisation et leur cimentation. Le Tuffeau est le résultat de cette lente et longue transformation du sédiment en roche par cimentation de particules fossiles entre elles.
  • Agglomérations : Est l’ensemble d’habitations telle qu’aucune ne soit séparée de la plus proche de plus de 200 mètres et abritant au moins 2 000 habitants.
Publications | Plan du site | Mentions légales | Cadenas fermé