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Les conséquences sur les milieux aquatiques et la biodiversité

Thème Eau - Edition 2015
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Dernière mise à jour : 2015

5.1. La régression des espèces inféodées aux milieux aquatiques

5.2. La prolifération d’espèces envahissantes

5.3. La régression des zones humides


5.1. La régression des espèces inféodées aux milieux aquatiques

De par les multiples interventions de l’Homme sur les cours d’eau d’une manière générale, ou par les prélèvements dans les différentes ressources en eau pour satisfaire ses usages, les espèces floristiques et faunistiques inféodées aux milieux aquatiques subissent de nombreuses pressions conduisant à leur régression.

Des prélèvements non adaptés, effectués au sein des populations ou concernant les éléments physiques du milieu, comme le sol ou l’eau, peuvent briser l’équilibre naturel des écosystèmes. Par exemple, les espèces aquatiques dépendent de la qualité du milieu mais aussi de la quantité de la ressource en eau. L’augmentation des assecs, principalement due à l’augmentation des prélèvements d’eau met ainsi en péril l’ensemble de la vie aquatique et augmente plus particulièrement la mortalité piscicole, voire la disparition de populations locales d’espèces, comme l’écrevisse à pattes blanches, disparue de certains ruisseaux en Vienne et Deux Sèvres, ces dernières années.

Lorsque les prélèvements sont supérieurs aux capacités de renouvellement du milieu ou des espèces, on parle de surexploitation. Les prélèvements excessifs perturbent les écosystèmes et peuvent causer le déclin de l’espèce prélevée et des espèces qui y sont liées (prédateurs, parasites, pollinisateurs, etc.), et la prolifération d’autres espèces (proies, compétiteurs, etc.).

Les aménagements de cours d’eau et les ouvrages en rivière ont eux aussi différents impacts sur le milieu. Un trop grand nombre d’ouvrages sur un cours d’eau fractionne les habitats et menace la survie d’espèces. La modification de la morphologie du cours d’eau diminue en effet la capacité d’accueil pour la faune et la flore aquatiques et engendre une dégradation des habitats du cours d’eau.

Les frayères, lieux privilégiés pour la reproduction des poissons et des batraciens, viennent à disparaître lorsque le débit d’un cours d’eau est trop bas à certaines périodes de l’année.

Pour en savoir plus sur cette thématique, le volet biodiversité est plus largement détaillé dans l’Environnement en Poitou-Charentes - Thème Patrimoine Naturel.

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5.2. La prolifération d’espèces envahissantes

Comme dans de nombreuses régions, certains cours d’eau et marais de Poitou-Charentes sont peu à peu envahis par des espèces exotiques ou autochtones modifiant de façon importante les conditions d’écoulement, en encombrant le lit des cours d’eau ou les plans d’eau, en fragilisant les berges ou les ouvrages, et en modifiant les paramètres physico-chimiques de l’eau (oxygène, matière organique, éléments minéraux …). Ces proliférations sont responsables de gênes pour les activités humaines et peuvent modifier les équilibres des écosystèmes en provoquant la disparition ou le développement d’autres espèces.

Parmi les espèces animales, le ragondin est particulièrement concerné. Une population importante peut mettre à mal les berges des cours d’eau et canaux, et provoquer leur comblement. Il est possible de réguler leur population et leurs dégâts par la mise en place d’une surveillance et d’un piégeage coordonné sur un territoire. C’est notamment le cas dans le Marais Poitevin.

Parmi les espèces végétales, les jussies (Ludwigia), espèce provenant d’Amérique du Sud, introduite il y a plus d’un siècle, colonisent les eaux calmes et éclairées. Cette plante, grâce à sa capacité de développement rapide et considérable, constitue rapidement de vastes herbiers à fleurs jaunes, et élimine la possibilité pour d’autres plantes de subsister. Elle est fortement présente sur la Vienne, le Thouet, la Charente, la Sèvre Niortaise, le Marais Poitevin, et les marais de Charente-Maritime.

La prolifération des plantes exotiques envahissantes cause déjà depuis de nombreuses années, en Poitou- Charentes, des nuisances sur le fonctionnement des hydrosystèmes tant pour la biodiversité (altération des peuplements aquatiques, modification morpho dynamique des cours d’eau…) que pour les usages (entrave hydraulique à la libre circulation de l’eau, gêne pour le loisir pêche, entrave à la baignade, entrave à la navigation…).

Synthèse de l’état d’envahissement des cours d’eau par les jussies en Poitou-Charentes en 2013
Synthèse de l’état d’envahissement des cours d’eau par les jussies en Poitou-Charentes en 2013

Visualisez la carte dans l’atlas cartographique de l’ORE

Si les jussies semblent être une problématique importante depuis de nombreuses années, à l’heure actuelle, il faut également faire face à l’émergence de nombreuses autres espèces exotiques envahissantes telles que la Renouée du Japon (Fallopia japonica) ou l’Egérie dense (Egeria densa) par exemple.

Rappelons que les plantes invasives sont généralement introduites de manière accidentelle et notamment à des fins ornementales. C’est par exemple le cas du Buddléia du père David (Buddleja davidii) ou l’Herbe de la pampa (Cortaderia selloana). De nombreuses plantes invasives sont également issues des aquariums comme le Myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum).

Contenir l’envahissement de ces espèces demeure très difficile pour les gestionnaires de cours d’eau et demande d’importants moyens humains et financiers.

De nombreux groupes de travail se constituent pour mieux faire face à cette problématique. Rappelons que, d’après l’Union mondiale pour la nature, les espèces exotiques envahissantes sont la troisième cause de perte de la biodiversité dans le monde.

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5.3. La régression des zones humides

Les zones humides, espaces de transition entre la terre et l’eau, constituent un patrimoine naturel exceptionnel, en raison de leur richesse biologique et des fonctions naturelles qu’elles remplissent.

En France, la disparition de la surface des zones humides est estimée à 50% entre 1960 et 1990. Depuis 1990, un ralentissement de cette tendance est observé à l’échelle nationale grâce à une dynamique de plus en plus présente de préservation des zones humides, avec notamment le renforcement des mesures de protection et de gestion. (Eau France – Zones humides, 2013b)

En parallèle de cette régression, depuis 1990, les zones artificielles (zones industrielles, complexes résidentiels, infrastructures de transport …) se sont étendues d’environ 8% en France. Ces changements de l’affectation des sols conduisent ainsi à la perte et à la dégradation des habitats et à une forte fragmentation des habitats existants.

En Poitou-Charentes, la préservation des zones humides, et donc la diversité des espèces végétales et animales qui les composent, constitue un enjeu majeur.

La région compte à ce jour plus de 110 000 ha de zones humides dont plusieurs zones humides d’importance majeure comme la zone humide du Marais Poitevin (95 300 ha dont 30 000 ha en Poitou-Charentes), les marais du Fiers d’Ars (1 800 ha), les marais de Rochefort (15 500 ha), les marais de l’estuaire de la Charente (5 200 ha), les marais de la aval (8 800 ha), le marais de Brouage (1 300 ha), le marais de l’estuaire de la Seudre (12 300 ha) et l’estuaire de la Gironde (7 000 ha). (organisme2552|titre=Observatoire Régional de l’Environnement>, 2013d)

Le comportement des zones humides à l’échelle d’un bassin versant peut être assimilé à celui d’une éponge. Elles peuvent « absorber » momentanément l’excès d’eau puis le restituer progressivement lors des périodes de sécheresse. Elles diminuent donc l’intensité des crues (stockage) et soutiennent le débit des cours d’eau en période d’étiage (restitution).

De plus, les zones humides participent à la recharge des aquifères souterrains qui peuvent être sollicités pour différents usages.

Le Marais Poitevin à La Garette (Deux-Sèvres)
Le Marais Poitevin à La Garette (Deux-Sèvres)

Le manque d’eau estival en région, dans certains secteurs, lors d’épisodes de sécheresse, a un impact sensible sur les zones humides qui sont alors marquées par la disparition d’écosystèmes éphémères, la baisse de biodiversité des invertébrés, l’impact sur le frai du brochet … Cet impact s’accentue d’autant plus si les prélèvements liés aux activités humaines s’accroissent.

En outre, l’évolution des pratiques agricoles en Poitou- Charentes a progressivement conduit à une transformation de certains milieux, comme les zones humides qui ont été mises en culture. Une partie des zones humides de la région a ainsi été drainée permettant une exploitation intensive des terres avec de hauts rendements. En effet, les sols dits hydromorphes (saturés régulièrement en eau) disposent de propriétés particulières importantes en agriculture, notamment pour éviter l’asphyxie des racines des plantes et améliorer la portance des sols (capacité d’un sol à supporter la pression qu’exercent sur ce dernier des pneus, des chenilles, les pieds d’un homme ou les sabots d’un animal par exemple). Dans certaines zones telles que le Montmorillonais, le drainage a contribué au maintien de l’élevage.

Les conséquences en termes de circulation de l’eau dans les sols sont de deux types :

  • une réduction importante du ruissellement de surface
  • une accélération des vitesses de transfert des lames d’eau. En effet, les réseaux de fossés et d’exutoires sont restructurés dans le but d’accroître leurs possibilités de stockage et d’évacuation des gros débits, et le nombre de petits fossés souvent réduits par comblement. Les risques de crues peuvent être amplifiés si des dispositions ne sont pas prises afin d’écrêter les débits de pointe.

La modification du sol et de sa teneur en eau, les restructurations foncières qui accompagnent les opérations de drainage, et les changements d’occupation du sol liés aux évolutions des systèmes de production modifient fortement les caractères du paysage et conduisent à la disparition d’une faune et d’une flore originales, typiques des milieux humides.

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À VOIR SUR LE SITE DE L’EAU EN POITOU-CHARENTES … RPDE, Réseau Partenarial des Données sur l’Eau : www.eau-poitou-charentes.org, rubriques : Connaître l’eau et ses usages en région > Sa quantité > Suivi des écoulements La gestion de l’eau > Rivières et crues

 Pour aller plus loin
  • écosystèmes : Ensemble écologique constitué par les éléments inertes d’un milieu (sol, eau, etc.) et des êtres vivants, entre lesquels existent des relations énergétiques, trophiques, etc.
  • étiage : Période de plus basses eaux des rivières et des nappes souterraines.
  • Risques : Exposition possible d’enjeux à un aléa qui constitue une menace. Les deux principaux critères des risques sont la fréquence et la gravité. Un événement « potentiellement dangereux » -aléa- n’est un risque majeur que s’il s’applique à une zone où des enjeux forts sont en présence, donc si les effets prévisibles mettent en jeu de nombreuses personnes, des biens… Ce risque majeur devient une catastrophe quant l’événement a lieu et qu’il provoque des dommages pour la société, l’environnement ou l’économie : des pertes en vies humaines par exemple, etc.
  • Aquifères : Le terme aquifère est utilisé dans deux acceptations : pour décrire les propriétés d’un milieu capable de contenir de l’eau en partie mobilisable. Et ce terme décrit aussi l’ensemble de "roches perméables comportant une zone saturée [...] suffisamment conducteur d’eau souterraine pour permettre l’écoulement significatif d’une nappe [...] et le captage de quantités d’eau appréciables" (castamy et al., 1977)
  • Assecs : Assèchement temporaire d’un cours d’eau ou d’un tronçon de cours d’eau.
  • Aval : L’aval désigne la partie d’un cours d’eau qui, par rapport à un point donné, se situe après ce point, dans le sens de l’écoulement de l’eau.
  • Berges : Bord permanent d’un cours d’eau, situé au dessus du niveau normal de l’eau. La berge est caractérisée par sa forme transversale (berge en pente douce, berge abrupte), sa composition (sableuse, marneuse), sa végétation (herbacée, arbustive, fréquemment soumises au débordement et à l’érosion du courant, les berges sont des habitats pour de nombreuses espèces. Elles permettent le passage d’animaux discrets comme le rat d’eau, le rat musqué, la musaraigne d’eau ou encore le desman des Pyrénées. Certaines ruptures de niveau permettent aux blocs rocheux d’apparaître et forment d’excellents perchoirs pour le cincle plongeur. Les hirondelles de rivages profitent des berges vives pour y faire leur nid. Les écrevisses, les poissons et les macro-invertébrés se servent des abris sous berges pour se cacher, se reproduire ou se nourrir. Benthique : qualifie l’ensemble des organismes aquatiques vivant en étroite relation avec les fonds aquatiques d’une manière fixée ou non. L’ensemble de ces êtres forme le benthos.
  • Biodiversité : Variété du vivant à tous ses niveaux : les gènes, les espèces et les populations, les écosystèmes et les processus naturels qui assurent la perpétuation de la vie sous toutes ses formes.
  • Crues : Phénomène caractérisé par une montée plus ou moins brutale du niveau d’un cours d’eau, liée à une croissance du débit. La crue ne se traduit pas toujours par un débordement du lit mineur. On caractérise d’ailleurs les crues par leur période de récurrence ou période de retour : la crue quinquennale (fréquence une année sur 5 - Récurrence 5), la crue décennale (fréquence une année sur 10 - Récurrence 10), la crue centennale (fréquence une année sur 100 - Récurrence 100). Les crues saisonnières sont des phénomènes naturels. Elles sont essentielles au maintien de la diversité des hydrosystèmes et des services rendus par la nature. (Glossaire EauFrance)
  • Débits : le débit d’un cours d’eau en un point donné est la quantité d’eau (m3 ou litres) passant en ce point par seconde il s’exprime en m3/s ou en l/s.
  • Drainage : Opération qui consiste à collecter et évacuer, notamment au moyen de fossés ou de drains, des eaux présentes en excédent dans le sol et le sous-sol. (Commissariat Général du Plan)
  • Exutoire : Cours d’eau par lequel se déversent vers la partie aval d’un bassin fluvial les eaux d’un lac ou de toute autre zone humide occidentale. (Glossaire EauFrance)
  • Frayères : Zone d’un milieu aquatique où a lieu la reproduction des poissons (ponte et fécondation).
  • Marais : Milieu humide de type intermédiaire, à la fois aquatique (de faible profondeur) et terrestre et caractérisé par des inondations saisonnières. (Agence de l’Eau Adour Garonne)
  • Régression : Une régression marine est un retrait durable de la mer en deçà de ses limites antérieures, se traduisant par un abaissement de la ligne de côte et l’augmentation de la surface des terres émergées.
  • Zone humide : Zone où l’eau est le principal facteur qui contrôle le milieu naturel et la vie animale et végétale associée. Elle apparaît là où la nappe phréatique arrive près de la surface ou affleure ou encore, là où des eaux peu profondes recouvrent les terres. Il s’agit par exemple des tourbières, des marais, des lacs, des lagunes.
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