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Patrimoine naturel

Le bocage

Dernière mise à jour : Avril 2014

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    • Définition et Généralités
    • Les paysages de bocage en Poitou-Charentes
    • Préservation et reconquête des bocages
    • Pour aller plus loin...

Ce « ZOOM SUR » a été élaboré en partenariat avec le Pôle Bocage et Faune Sauvage de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) et le Conservatoire Régional d’Espaces Naturels de Poitou-Charentes (CREN).

Le bocage est un type de paysage rural où les champs et les prés sont enclos par des haies ou des rangées d’arbres qui marquent les limites de parcelles cultivées ou en prairies de tailles inégales et de formes différentes. On distingue différents types de bocages selon le type de clôtures ou de parcelles entourées, les espèces d’arbres dominantes, la forme et la dimension des mailles... Mais la haie y est toujours le principal élément structurant, autour duquel s’organisent différents éléments (fossés, talus, bandes enherbées, mares, chemins, prairies et champs, petits bois). D’un point de vue paysager, il en résulte souvent une perception d’espaces restreints et de mouvements de relief.

Au cours des dernières décennies, l’évolution des politiques et des techniques agricoles a fortement modifié les paysages. La volonté de conversion à la grande culture a favorisé la mise en place de structures foncières adaptées à la mécanisation (remembrements et agrandissement des parcelles, suppression des obstacles tels que bois, haies, mares...) et l’élevage a eu moins recours à la prairie. Les bocages ont alors régressé, voire disparu.

Aujourd’hui, la prise de conscience de la nécessité de préserver les bocages est de plus en plus partagée. Leur intérêt environnemental et patrimonial est important. Ils ont plusieurs fonctions essentielles : la régulation hydraulique, la conservation des sols, la participation à la qualité sanitaire des cultures par la présence d’auxiliaires dans les haies, la pollinisation... Ils sont aussi riches de biodiversité par la diversité des écosystèmes qu’ils comprennent. Pour la faune, ils représentent une structure permettant des disponibilités alimentaires variées, des abris pour la reproduction, le repos, le refuge ou l’hibernation. Ils servent de couloir de circulation, de corridor, à de nombreuses espèces. En terme de continuité écologique, les bocages picto-charentais, par exemple, font le lien entre les bocages du massif armoricain et ceux du limousin (carte ci-dessous ; le Schéma Régional de Cohérence Ecologique, document cadre pour la Trame Verte et Bleue, décline d’ailleurs une sous-trame « Systèmes bocagers »).

Densité de haies en France (estimée en mètre linéaire par hectare)
Densité de haies en France (estimée en mètre linéaire par hectare)

Enfin, les bocages participent à l’identité paysagère d’une région.

En Poitou-Charentes

De nombreux paysages bocagers se sont transformés depuis les années 1960. L’usage de l’espace agricole s’est profondément transformé avec une tendance majeure à la régression des prairies et à la croissance des grandes cultures : régression de la polyculture au profit des cultures comme le maïs, le blé dur, le tournesol ou le colza. Entre 1970 et 2000, les surfaces en blé tendre et maïs ont été multipliées par 2 environ. Les surfaces en oléagineux ont été multipliées par 13. Dans le même temps, l’ensemble des Surfaces Toujours en Herbe a diminué de plus de moitié.

Evolution de l’occupation du sol entre 1979 et 2000
Evolution de l’occupation du sol entre 1979 et 2000

Aujourd’hui, la culture des céréales et celle des oléagineux occupent respectivement 52 % et 10 % des terres arables (chiffres 2010).

Ces bouleversements ont contribué à faire disparaître progressivement les prairies, les haies, les chemins isolés, les mares...

→ Une étude, réalisée par l’Institut Atlantique d’Aménagement du Territoire (IAAT) au sujet de l’évolution du linéaire de haies dans les grandes entités paysagères régionales entre 1960 et 2000, a montré que le linéaire de haies s’est réduit de plus de 35 000 km, soit - 36 % entre les deux dates d’étude. Une nouvelle étude fait apparaître que la réduction du linéaire de haies sur ces mêmes territoires est toujours d’actualité en région sur les 10 dernières années.

→ De même, un inventaire, réalisé entre 1998 et 2002 par les associations départementales de protection de l’environnement sous l’égide de Poitou-Charentes Nature (PCN), a estimé que près d’un quart des mares existantes dans les années soixante-dix a disparu en 20 ans sous la pression de la modification des pratiques agricoles, de l’urbanisation, mais aussi suite à l’absence d’entretien. Cet inventaire régional ne dénombre plus aujourd’hui que 30 000 mares.

En Poitou-Charentes, le bocage continue de disparaître malgré la prise de conscience des intérêts qu’il présente.

Les paysages de bocage en Poitou-Charentes

Les paysages de bocage en Poitou-Charentes
Les paysages de bocage en Poitou-Charentes

1 - Le bocage bressuirais et La gâtine de Parthenay

Le Bocage bressuirais et la Gâtine poitevine recouvrent la partie la plus haute du massif ancien armoricain. Le granite se présente parfois au flanc des vallées sous la forme de falaises ou tout au moins de pans de rochers. On retrouve également ponctuellement des chaos granitiques appelés « chirons ».
Ce socle est recouvert par la maille du bocage. Les vallons sont orientés en tous sens et la haie est le principal élément structurant l’espace. Qu’elle soit sous forme libre ou de haie basse taillée sous futaie, l’arbre qui domine est le chêne (lui-même sous forme libre ou menée en têtard).
Le réseau de haies est complété par quelques bosquets et massifs forestiers, parmi lesquels les principaux occupent les positions de crête. On note également de nombreux vergers qui apparaissent parfois quand ils ne sont pas inscrits dans le réseau de haies.
Aux motifs de haies viennent s’associer des barrières en bois qui s’ouvrent sur les champs aux formes irrégulières, assez emblématiques de ce type de paysage.
L’herbe des prairies fait également partie intégrante de ces bocages, prairies principalement vouées à l’élevage, qui se marient avec la matière des haies pour organiser des scènes pastorales.
Outre le maillage de haies cloisonnant ces espaces agraires, le bocage se caractérise par l’abondance de sources, de mares et un chevelu hydrographique dense.
Il pleut beaucoup sur ces terres de Gâtine et Bocage et les terrains imperméables n’absorbent pas l’eau qui coule en de nombreux ruisseaux (mais également dans les chemins creux). Les paysages des petites et multiples vallées, le réseau des écrans boisés, des haies ou des peupleraies et l’absence de voirie ne laissent pas voir l’eau des rivières.

2 - La bande bocagère de la plaine de Niort

Il s’agit d’une ancienne écharpe bocagère qui s’étire sur une trentaine de kilomètres au sein de la plaine de Niort. Du fait de sa faible largeur, elle ne forme pas un secteur en soi.
Les restes de bocage contrastent avec la plaine. L’ancienneté d’un parcellaire fixé par les haies a créé un réseau dense de petites routes et d’innombrables chemins.
Ce petit secteur bocager tend sensiblement à disparaître ces dernières années sous la pression forte d’une agriculture intensive dans la plaine.

3 - L’entre plaine et gâtine

Cette entité se situe, comme son nom l’indique, entre la plaine de Niort au sud et la Gâtine du nord. Elle fait transition entre les paysages contrastés qui la bordent. On parle de paysage « d’entre-deux ». Sur cette bande large d’une quinzaine de kilomètres, plaines céréalières et bocages d’élevage alternent.
L’Entre-Plaine-et-Gâtine est souvent rattachée à la Gâtine bien qu’elle en diffère par ses types de sols (terres rouges et groies).
Le relief est très tourmenté. Les dénivelés y sont parmi les plus importants du Poitou et découpés par de nombreuses petites vallées (rivières de l’Autize, l’Egray et le Chambon, chacune accompagnée de leurs affluents). La succession de ces vallées parallèles forme un relief particulier. Les éléments du bocage apparaissent soit sur un flanc de coteau, soit dans le sens de la vallée, soit dans une succession de crêtes.
On y rencontre tous types de haies, des haies multistrates aux haies basses taillées.
L’eau est fortement présente (nombreux étangs).

4 - Les terres froides

Les terres froides évoquent des terres de transition vers les paysages du Massif Central. Elles accueillent un relief fortement vallonné (les hautes surfaces avoisinent les 300 m d’altitude). La roche granitique apparaît parfois, tapissant les rivières ou affleurant à la surface des prés.
Le réseau hydrographique est dense. Le sol argileux maintient l’eau de ruissellement en surface qui imprègne les prés et alimente un nombre important de mares sur ces sols imperméables. Le long des ruisseaux se développe une végétation spécifique, souvent très fournie, composée d’aulnes et de frênes.
Les amples espaces de prairies sont ponctués d’arbres isolés ou de successions de petits boisements aux formes très découpées, connectés entre eux par un réseau de haies plus ou moins continu. Le parcellaire occupe des surfaces d’importance inégale du fait de l’activité humaine ou du relief. Le chêne et le châtaignier dominent dans leur composition, mais aussi dans la forme des haies puisqu’ils sont souvent laissés libres. Ils s’élèvent au-dessus d’un étage arbustif développé qui rend les haies denses.

5 - Les contreforts de la Gâtine

Il s’agit d’une zone de transition, entre les hauteurs du Bocage bressuirais, celui de la Gâtine de Parthenay, et les plaines de champs ouverts de Neuville, Moncontour et Thouars. C’est donc un paysage de semi-bocage dont le maillage des haies restent globalement lâche.
En comparaison du tissu bocager sur le Bocage et la Gâtine, les contreforts présentent des caractères spécifiques. Le réseau des vallons et des ruisseaux y est moins dense, fait place à un socle plus uni, mais que creusent beaucoup plus nettement les vallées. Le réseau des haies y paraît moins serré, quelquefois remplacé par un système de haies basses très rectilignes, qui ne procure pas le sentiment d’enfouissement du bocage dense.
En zones de vallées, on trouve des espaces de prairies, haies, boisement de chênes, de frênes ainsi que quelques vergers plantés traditionnellement (pruniers, pommiers). Sur les plats des hauteurs et sur des espaces à vocation uniquement agricole, les parcellaires cèdent la place aux grandes cultures de colza, tournesol...

6 - Les terres rouges

Les Terres rouges prolongent l’ensemble bocager « Entre-plaine-et-Gâtine », à l’ouest.
Dans les Terres rouges bocagères, les haies et bosquets sont encore bien présents, cachant des étendues vastes ou une marqueterie de petites parcelles. La végétation est donc marquée par l’alternance de culture et de prés, mais aussi de massifs de terre plus pauvre.
La présence des châtaigniers dans les haies, en bosquets, ou en arbre isolé dans les champs, assure l’identité paysagère (on parle du pays pèlebois). Les chênes sont également nombreux.
Des murets de pierre sèche calcaire bornent encore certaines parcelles, notamment aux abords des villages.
Les Terres rouges sont creusées de vallées (Le lambon, la Belle, La Béronne, La Légère, La somptueuse...). Toutes les vallées encaissées ont conservé un maillage fermé avec le maintien des prairies naturelles, permanentes.
Mais le bocage n’est pas très humide. L’eau reste essentiellement limitée aux rivières.
Au contraire, les plateaux sont très ouverts et les haies peu nombreuses, voire inexistantes.

7 - Le bocage de Bougon-Avon

Dans les terres rouge, un paysage singulier, le bocage de Bougon-Avon, bocage figé dans le temps depuis les années cinquante. Les haies y sont épaisses et principalement composées d’ormes champêtres en rejet, d’aubépines, de prunelliers, d’érables, de quelques cormiers... Les parcelles sont de très petites tailles, très serrées. L’eau est très active en circulation souterraine ; à la surface, on retrouve de nombreuses dolines et mares.

8 - La Venise verte (marais mouillé)

La Venise Verte est située sur le bassin versant de la Sèvre Niortaise. Un réseau dense de canaux se décline, allant de larges conches navigables à des étroites rigoles envasées. Il définit une trame de parcelles bocagères, petites ou grandes. Beaucoup sont en prairies ou en friches, mais certaines accueillent peupleuraies, élevage ou potagers.
Parmi les arbres caractéristiques du marais mouillé (saules, aulnes et peupliers), le frêne commun en est un peu l’emblème (souvent taillé en « têtard »). Plantés le long des conches, ces arbres en maintiennent les berges, grâce aux racines entrelacées.

Préservation et reconquête des bocages

  • Trop souvent considéré comme un paysage ordinaire, le bocage n’est pas réglementairement protégé en tant que tel. Sa protection s’organise principalement autour des outils de protection des paysages (loi relative à la protection et la mise en valeur du paysage, classement via les plans locaux d’urbanisme...) et de ceux de la protection de la nature (directives oiseaux et habitats, arrêtés de protection de biotope, trame verte et bleue...). Mais dans les faits, ces outils sont peu utilisés.
  • Pourtant, du fait des différents services utiles à tous qu’il peut rendre, faire reconnaître le bocage comme un milieu de valeur et donner un vrai statut au paysage qu’il représente apparaît comme un enjeu important.
  • Le bocage désignant un type de paysage agraire résultant des évolutions conjuguées du milieu naturel et des activités de l’homme, la concertation et l’action collective sont cependant primordiales pour le protéger.
Bocage et zones de protection du patrimoine naturel en Poitou-Charentes
Bocage et zones de protection du patrimoine naturel en Poitou-Charentes

En Poitou-Charentes

Depuis plusieurs années, sous l’impulsion de politiques de développement durable et de préservation des paysages et de la faune, de nombreuses actions de préservation ou de reconquêtes ont vu le jour.
→ La Région s’est engagée dès 2004 dans un programme de plantations, baptisé « Un habitant, un arbre ».
http://www.poitou-charentes.fr/environnement/paysages/nouveaux-arbres
Elle organise également autour de la date symbolique de la Sainte-Catherine, la « Semaine régionale de l’arbre et de la haie ».
http://www.poitou-charentes.fr/environnement/paysages/arbre-haie.html
Elle lance aussi régulièrement de nombreux appels à projets :
Appel à projets « Reconquête communale de corridors biologiques par le Paysage »
Appel à Projets « 1 000 mares-îlots de biodiversité »
http://www.poitou-charentes.fr/ (Rubriques : Services en ligne > Guide des aides et des appels à projets >Thème biodiversité et eau)
Les grands objectifs du Pôle Bocage sont de favoriser la gestion durable des milieux bocagers en faveur de la faune sauvage : http://www.polebocage.fr/
• à travers l’amélioration des connaissances sur les bocages (étude amphibiens avec Deux-Sèvres Nature Environnementvoir liens ci-dessous)
à travers la mise en œuvre d’actions de démonstration et de conception d’outils de sensibilisation (réalisation des supports pédagogiques avec l’ifrée et la Maison du Marais Poitevin http://www.polebocage.fr/Sortie-des-supports-pedagogiques.html).
→ Les associations telles que Prom’haies ou Bocage Pays Branché jouent un rôle essentiel dans la plantation de haies et dans la proposition d’outils pédagogiques afin de sensibiliser les citoyens.
http://www.promhaies.net/
http://bocagepaysbranche.fr/
→ Le CEBC (Centre d’Etudes Biologiques de Chizé), l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) et le bureau d’étude NEC (Nature Environnement Conseil) ont mis en oeuvre un programme de recherche (2010-2014) sur « L’intégration des amphibiens et des reptiles dans la conservation et la gestion des bocages ».
http://www.cebc.cnrs.fr/Fdivers/bocage.htm
http://www.amphibien-reptile-bocage.com/
→ Deux-Sèvres Nature Environnement a développé un programme d’animations pédagogiques scolaires et grand public afin de sensibiliser la population à la problématique de la préservation des amphibiens et des mares de Gâtine.
http://www.dsne.org/ (Rubriques : NATURALISME > Faune et Flore > Amphibiens et Reptiles > Des Amphibiens en Gâtine)
→ Les différents Pays (Pays de Gâtine, Pays Montmorillonnais...), les Fédérations départementales des Chasseurs, les Chambres d’agriculture, le Conservatoire Régional d’Espaces Naturels (CREN), s’investissent également dans le suivi ou dans les actions de replantations de haies.

 >Les actions de préservation du bocage sont également engagées par la Région (projet d’une Réserve Naturelle Régionale en bocage), les départements (Espaces Naturels Sensibles en bocage), le CREN... au travers de la maîtrise foncière ou d’usage d’espaces naturels.

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