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Eléments de diagnostic

Thème Eau - Edition 2015
Nouveau !
Dernière mise à jour : 06/07/2006

La ressource en eau est essentiellement exploitée pour les usages agricole et domestique et, à un degré moindre, pour les usages industriels. La gestion coordonnée des prélèvements devient de plus en plus difficile car l’importance des besoins en période d’étiage coïncide avec le moment où la ressource est la plus faible, entraînant une baisse importante du niveau de certaines nappes et un tarissement des cours d’eau.

UNE PRESSION QUANTITATIVE ...

Le développement de l’irrigation agricole et de l’afflux touristique en période estivale, couplé avec le déficit hydrique récurrent exercent une pression quantitative sur la ressource en eau, concentrée sur une période restreinte.

Le développement de l’irrigation…

Poitou-Charentes est une région agricole où le secteur des grandes cultures se démarque. En 2003, la surface cultivée en céréales atteint 705 100 ha. Elle couvre environ 40 % de la surface agricole utilisée régionale (SAU). Le blé tendre occupe la moitié de la surface céréalière, le maïs-grain 28 % (celui-ci représente ainsi 34 % de la production céréalière, soit près de 13 % de la production française). Les oléagineux (principalement colza et tournesol) occupent 16 % de la SAU. La production de ce dernier atteint plus de 4Mq, soit près de 28 % de la production française

(source : Annuaire de Statistique agricole).

Or, certaines de ces cultures impliquent un fort prélèvement en eau. L’irrigation permet en effet d’atteindre des rendements plus élevés (pour le maïs grain par exemple : 80 à 135 quintaux/ha en surfaces irriguées contre 70 à 90 quintaux/ha en surfaces non-irriguées).

7 hectares sur 10 de maïs grain semés bénéficient donc d’apports d’eau (sur 196 200 ha cultivés en 2003, 131 512 ont été déclarés irrigués), et 1 hectare de maïs consomme, en moyenne, en irrigation, entre 2500 et 2700 m3 d’eau par an sur un sol pauvre et 1800 m3 d’eau sur un sol riche

(source : Chambre d’agriculture de la Vienne).

Ce fort besoin d’irrigation, couplé à l’augmentation des surfaces produites (les surfaces en maïs grain ont été multipliées par 5 entre 1962 et 2002) explique l’évolution ascendante des prélèvements en eau sur cette période

(source chiffres : DRAF-SRSA ).

La pression exercée par l’irrigation est d’autant plus marquée qu’elle intervient au moment où la ressource est à son plus bas niveau et qu’elle s’étale sur une période de plus en plus longue. En effet, pendant longtemps, l’impact des pompages agricoles ne débutait qu’à la mi-juillet et s’estompait début septembre (selon le cycle biologique des plantes qui va de mai à septembre) ; mais aujourd’hui les premiers besoins ne sont plus automatiquement servis par l’hydrologie naturelle et les pluies (pour les mois de mai-juin). Les prélèvements d’eau pour l’agriculture s’étalent maintenant d’avril à septembre. En 2002, ils représentent 216 millions de m3 des prélèvements d’eau totaux sur l’année, soit 54 %

(source : Agence de l’eau Loire Bretagne et Adour Garonne).

De plus, la restitution au milieu naturel de l’eau prélevée est très faible et différée dans le temps (la majeure partie de l’eau étant évaporée, retenue par les plantes, ou en transfert dans le sol vers nappes). Ainsi 30 % seulement du volume prélevé est restitué au milieu naturel (65 % pour l’eau domestique et 93 % pour l’eau industrielle).

…encouragé par la PAC

Le choix du schéma de production « grandes cultures » a largement été favorisé par la Politique Agricole Commune. Dans un premier temps, l’évolution des modes de vie des agriculteurs, puis l’instauration des quotas laitiers en 1984, remirent en cause une partie de l’activité d’élevage. Jusqu’en 1988, la région se distinguait par une forte présence des exploitations mixtes (polyculture-élevage), alors qu’en 2000 près des 2/3 des exploitations appartiennent à un système de production unique. Dans un second temps, le principe présidant à la mise en place de la réforme de la PAC en 1992 a été de répartir les aides aux exploitants sur une base proportionnelle aux surfaces et aux rendements. Ces choix orientèrent donc l’agriculture vers un système de production intensif avec des aides concentrées sur certains types de cultures, généralement les plus rentables (céréales, oléagineux). De plus, toujours dans ce souci de hausse de la productivité, le système d’agriculture hors-sol a été privilégié. Le climat, la végétation, la configuration du terrain ne sont plus aujourd’hui des paramètres décisifs dans le choix des cultures. La tendance est plutôt à l’artificialisation des processus de production (par utilisation de l’irrigation par exemple). Enfin, le montant prévu pour les primes PAC aux grandes cultures reste placé sous le signe de l’avantage accordé aux cultures irriguées : en 2000, la prime était de l’ordre de 320,9 euros/ha pour le maïs sec et de 436,46 euros/ha pour le maïs irrigué (en Charente-Maritime)

(source : http://marais-poitevin.org) .
Evolution des prélèvements de 1988 à 2002 par usage (millions de m3) et Evolution des superficies irriguées en (ha)
Evolution des prélèvements de 1988 à 2002 par usage (millions de m3).
Evolution des prélèvements de 1988 à 2002 par usage (millions de m3).
Evolution des superficies irriguées en (ha).
Evolution des superficies irriguées en (ha).

— Les prélèvements agricoles, estimés à 216 millions de m3 en 2002 représentent plus de la moitié des prélèvements. Ce volume prélevé est stable depuis 1999, alors qu’entre 1988 et 1998 les prélèvements avaient fortement augmenté, augmentation s’expliquant surtout par l’augmentation des déclarations de volumes prélevés. En effet, ces derniers étaient mal connus jusqu’en 1997, année où la mise en place des compteurs volumétriques des prélèvements est devenue obligatoire.
— En 2002, près de 400 millions de m3 d’eau a été prélevé, principalement d’origine souterraine (66 % soit 263 millions de m3).L’’agriculture y prélève 155 millions de m3 sur les 216, l’usage domestique y satisfait 62 % de ses besoins. L’irrigation exerce donc une très forte pression sur les eaux souterraines et entre en conflit d’usage avec l’alimentation en eau potable lors des périodes de sécheresse.
— Les surfaces irriguées ont fortement augmenté entre 1979 et 1993 (+ 80,5 %), puis se sont stabilisées. L’évolution n’a certes pas été identique dans les 4 départements : la Charente- Maritime et la Vienne ont fortement augmenté leurs surfaces irriguées. Ce premier département par exemple a vu ses surfaces cultivées en maïs grain multipliées par 6,5 entre 1962 et 2002, avec un rendement qui est passé de 15 q/ha à 103 q/ha

(source : DRAF, Service Régional de Statistique Agricole).

Un besoin important d’eau potable accentué en période estivale

Si l’usage agricole représente plus de la moitié des prélèvements (en 2001), l’usage domestique représente quant à lui un volume prélevé non négligeable (154 millions de m3 en 2002, soit 38,5 % de volume total prélevé).

Mais c’est surtout l’été, lors de l’afflux touristique, que se pose le problème d’assurer dans des conditions satisfaisantes les services de distribution d’eau potable. La densité touristique, critère retenu par l’Ifen pour déterminer le caractère touristique des communes, oscille entre 100 et 14 400 lits touristiques par km2 sur le littoral charentais (la France a une densité moyenne de 33 lits touristiques par km2). St Palais sur Mer, par exemple, a une population permanente de 3 340 habitants et une population estivale de 33 400

(source : DDASS).

En ce qui concerne la consommation d’eau sur le littoral, la pointe estivale est supérieure de 126 % à la moyenne annuelle qui est de 64 000 m3/j. Sur les îles (Ré et Oléron), la différence de consommation entre l’été et l’hiver est encore plus marquée : +260 %

(source : DDASS Charente-Maritime).

Cette situation entraîne une gestion difficile de la ressource, car cette forte demande « coïncide » avec une sollicitation importante pour l’irrigation des cultures (pratique qui s’est fortement développée dans ce département).

Une pluviométrie parfois déficitaire

Ces quatre dernières années, les cumuls annuels des précipitations ont évolué à la baisse. En moyenne, les précipitations s’échelonnent entre 630 et 1050 mm. Mais, entre avril 2004 et mars 2005, elles n’ont été que de 531 mm (moyenne de 4 stations régionales)

(source : Météo-France).

Le déficit hydrique a toujours été régulier en période estivale (dont certaines années à forte sécheresse), mais il est également apparu un déficit pluviométrique en période hivernale et printanière.

Une incapacité à satisfaire l’ensemble des usages

La région connaît donc un déficit estival récurrent entre ressources disponibles et besoins.

La quasi-totalité du territoire est classé en Zone de Répartition des Eaux (ZRE), zone caractérisée par une insuffisance, autre qu’exceptionnelle, des ressources par rapport aux besoins.

L’eau est encore trop peu gérée en fonction de sa disponibilité, problématique source de conflits d’usage. La quantification des besoins en prélèvements, notamment pour l’activité agricole, et sa comparaison avec les volumes que la ressource est en mesure de fournir apparaît aujourd’hui indispensable. Le suivi d’indicateurs avant la période d’étiage est également primordial pour l’anticipation des périodes de crise

(source : Bilan de l’étiage 2004 – Recommandations).
Comparaison des indices annuels représentatifs du taux de remplissage des nappes de 1999 à 2004 et Evolution de l’absence d’écoulement des cours d’eau de 1990 à 2004
Comparaison des indices annuels représentatifs du taux de remplissage des nappes de 1999 à 2004.
Comparaison des indices annuels représentatifs du taux de remplissage des nappes de 1999 à 2004.
Evolution de l’absence d’écoulement des cours d’eau de 1990 à 2004.
Evolution de l’absence d’écoulement des cours d’eau de 1990 à 2004.

— La recharge des nappes a essentiellement lieu de la fin de l’automne au début du printemps ; en effet, les précipitations de fin de printemps et d’été étant pour la plus grande partie utilisées par le couvert végétal. Les nappes libres se rechargent assez rapidement à chaque épisode pluvieux. Leur réalimentation intervient juste après la saturation des sols en eau, par infiltration directe des eaux de pluies au niveau des zones d’affleurement. Elles sont majoritaires en région. La recharge d’un aquifère captif est par contre beaucoup plus lente, au niveau des zones d’affleurement (partie libre de la nappe) et par le jeu des communications (failles, drainance) avec les nappes sous et sus-jacente. Dans la mesure où leur renouvellement est un processus lent, leur vulnérabilité est très importante. Pour l’ensemble des aquifères de Poitou-Charentes, les années 2002, 2003 et 2004 ont été caractérisée par une faible recharge. Les taux de remplissage des nappes (observés aux points de suivi par rapport à un historique des mesures) montre un taux de remplissage des nappes très médiocre (indice inférieur à 50%) par rapport aux années antérieures (un indice > à 50% correspond à un bon taux de remplissage de la nappe). En 2003, 93 % des piézomètres des aquifères Sénonien-Turonien présentent des indices < à 50%, ainsi que 50 % des piézomètres du Cénomanien et de l’infra-Toarcien, aquifères correspondants aux nappes captives en région.
— Les débits des cours d’eau l’été sont de plus en plus faibles, et ce pendant des périodes de plus en plus longues. Alors que les assecs historiques semblent s’aggraver, des assecs nouveaux apparaissent sur certains bassins versants (limitant les apports d’eau douce dans la zone littorale). L’absence d’écoulement (rupture d’écoulement ou assèchement), suivi depuis une dizaine d’années durant la période de juin à septembre, montre des années particulièrement délicates pour certaines rivières (bassin de la Sèvre Niortaise, Charente, Dronne, Seudre par exemple). En 2003, 55 % environ des points d’observation présentait une absence d’écoulement. Les Débit de Crise (valeur au-dessous de laquelle sont mis en péril l’alimentation en eau potable et les milieux) ne sont pas respectés en un certain nombre de cours d’eau sur des périodes longues (en 2003, 87 jours < au DCR à Luzay sur le Thouaret, 78 j à l’aval de Niort sur la Sèvre-Niortaise par exemple). Or, ces valeurs ne devraient pas être franchies.

Quelques photos

Sources de la Touvre. DIREN Poitou-Charentes.
Sources de la Touvre. DIREN Poitou-Charentes.
Marais Poitevin, Deyrançon (79) en 2003. DIREN Poitou-Charentes.
Marais Poitevin, Deyrançon (79) en 2003. DIREN Poitou-Charentes.
Etiage sur le Clain, Poitiers (86) en 2003. DIREN Poitou-Charentes.
Etiage sur le Clain, Poitiers (86) en 2003. DIREN Poitou-Charentes.

…ASSOCIEE A UNE PROBLEMATIQUE QUALITATIVE

Les rejets polluants des activités humaines engendrent dans l’ensemble une forte pression sur les nappes et les rivières ; mais la dégradation de la qualité des eaux provient pour l’essentiel d’une pollution par les nitrates et les produits phytosanitaires.

Une pollution nitratée principalement d’origine agricole

En milieu agricole, les principales sources de nitrates sont les fertilisants : engrais minéraux ou engrais organiques (effluents d’élevage). Les productions agricoles sont dépendantes de la quantité de matière azotée présente dans le sol. Les engrais azotés sont donc largement utilisés. Après une suite de transformations chimiques, l’azote se retrouve dans le sol sous forme nitrique. La pollution nitrique des eaux a ensuite pour origine le phénomène de lessivage. Les nitrates sont entraînés par percolation au travers le sol (lixiviation), surtout en automne et en hiver, après la nitrification automnale et lors de l’excédent hydrique, au moment où les cultures sont peu actives ou absentes (sols nus). Le transfert des nitrates vers les nappes souterraines (surtout vers les nappes libres) est toutefois conditionné par un excès d’eau, de pluie ou d’irrigation

(source : INRA).

Enfin, l’essentiel des nitrates emportés par les eaux d’infiltration au cours d’une année provient des nitrates épandus les années précédentes et stockés dans le sol. Ces contributions s’additionnent les unes aux autres et les quantités de nitrates lessivées atteignant les nappes augmentent. La forte croissance des livraisons d’azote minéral se situe entre les années 1960 et 1980, avec l’arrivée de la production agricole intensive. Aujourd’hui, ce sont environ 175 000 tonnes d’azote minéral qui sont utilisées en région

(source : Unifa, campagne 2002-2003).

Les nitrates se retrouvent alors dans les eaux superficielles lors de leur alimentation par la nappe.

L’utilisation des déjections animales cumulées avec la fertilisation par les engrais de synthèse rend la situation encore plus défavorable à la pollution nitratée. En effet, les épandages d’effluents d’élevage viennent surcharger la fertilisation en azote. Les déjections produites dans les élevages (lisier, fumier) ont apporté près de 55 000 tonnes d’azote organique

(source : Unifa, campagne 2002-2003).

Sur l’ensemble des exploitations agricoles, 212 077 ha ont été fertilisés par des effluents d’origine animale (1952 ha par des boues de stations d’épuration et 421 ha de boues industrielles)

(source : DRAF,SRSA) .

C’est dans les Deux-Sèvres que s’opère en grande partie l’épandage des effluents d’origine animale (104 013 ha) ; ce département héberge en effet la moitié des élevages de la région et c’est là que la capacité de stockage des effluents y est également la plus forte : 3 959 exploitations possèdent des stockages de fumier ou de lisier sur les 8 232 en région

(source : DRAF-SRSA).

L’augmentation des teneurs en nitrate dans l’eau tient donc au changement de pratiques agricoles (cultures, drainage), et surtout à l’augmentation des quantités d’azote utilisées, ainsi qu’au cumul de l’azote organique minéralisable dans le sol au fil des ans.

Pour le reste, ce sont principalement les engrais utilisés par les particuliers ou les collectivités et les systèmes d’assainissement autonome défectueux qui sont une source de pollution des nappes par les nitrates. Les rejets d’eaux usées ou les eaux usées industrielles peuvent aussi, localement, représenter une source de pollution.

Des produits phytosanitaires largement utilisés

Les produits phytosanitaires utilisés pour le traitement de la plante, afin de la protéger de ses prédateurs et des mauvaises herbes, participent de plus en plus à la pollution des eaux. Les activités agricoles ne sont pas les seules responsables ; collectivités, DDE, Sociétés d’autoroutes, SNCF, jardiniers amateurs utilisent régulièrement ces produits. Parmi les trois principaux groupes de substances (insecticides, herbicides et fongicides), les insecticides sont les plus nuisibles.

Le transfert vers l’eau est le plus souvent superficiel. Leur arrivée se fait par mise en solution lors du ruissellement. Dans les eaux superficielles, des quantités non négligeables de molécules très diverses sont ainsi trouvées : glyphosate, AMPA, isoproturon, diuron… et autres produits de substitution. Les eaux souterraines sont généralement moins polluées.

Production agricole et livraisons d’azote minéral et Quantités de substances actives utilisées entre 1996 et 2000 (kg)
Production agricole et livraisons d’azote minéral.
Production agricole et livraisons d’azote minéral.
Quantités de substances actives utilisées entre 1996 et 2000 (kg).
Quantités de substances actives utilisées entre 1996 et 2000 (kg).

Les apports minéraux représentent les livraisons de fertilisants par campagne. Ils ne peuvent être, de façon sûre, assimilés à l’utilisation réelle des fertilisants par les agriculteurs, puisqu’ils ne tiennent pas compte des variations de stocks, ainsi que d’un possible achat du produit dans une autre région (et a fortiori d’une possible consommation du produit dans une autre région que celle où a eu lieu la livraison). Depuis la campagne 1988-1989, la région a des apports d’azote qui varient entre 125 et 150 kg/ha de surface fertilisable. Il y a eu, au total, une diminution généralisée de l’apport moyen en kg/ha de –3% sur cette période. L’apport total est en moyenne de 142 kg N/ha fertilisable dont seulement 25 % d’origine animale (les apports organiques sont calculés à partir des effectifs d’animaux et des coefficients d’excrétion en N en kg/animal/an).
— La quantité totale de substances actives utilisée en 2000 sur la région a été de 2 849 063 kg, contre 4 141 460 kg en 1996, soit une diminution d’environ 1 290 000 kg (substances actives d’origine minérale, soufre, cuivre, fer, non comprises). La part utilisée par le secteur agricole est de 97 %. Les départements du sud de la région sont les plus consommateurs. Le produit le plus utilisé est le glyphosate, un herbicide, suivi de plusieurs fongicides (mancozèbe, folpel, fosetyl-aluminium). La consommation du premier est en forte augmentation entre ces deux dates. L’atrazine, la substance la plus utilisée en 1996, est maintenant interdite.

Des rejets d’origine industrielle en baisse, mais non négligeables

Les industries à l’origine des rejets les plus importants entrent dans le cadre législatif des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). La plupart sont équipées de stations d’épuration. Les autres utilisent les stations urbaines, directement ou après pré-traitement des effluents. La réduction des rejets des ICPE a été significative ces dernières années, mais certains établissements restent concernés par les dépassements de seuil de rejets autorisés : Papeteries De Veuze (département 16) pour la Demande Chimique en Oxygène (DCO), Rhodia Food (79) pour la DCO et le phosphore, Rousselot (16) pour l’azote, SAFT RBS (16) pour le cadmium et le nickel…

(source : http://www.pollutionsindustrielles.....

Aujourd’hui, la pollution industrielle est centrée sur la recherche de produits pouvant avoir une toxicité différée. L’annexe 10 de la directive-cadre européenne sur l’eau en identifie 33. Il s’agit de substances, souvent mal connues, dont les effets sur les milieux aquatiques peuvent se faire sentir même à des doses infinitésimales. La DRIRE en région a d’ores et déjà créé un comité de suivi pour cette enquête « Substances dangereuses ».

Enfin, les rejets des petites entreprises, qui dominent le tissu industriel régional, ne sont pas contrôlés. Cependant, elles représentent une part non négligeable de la pollution industrielle, que l’on ne connaît pas.

Les rejets de polluants dans l’eau des ICPE à l’origine des principaux rejets(Flux de pollution en kg/an-année 2003)
Les rejets de polluants dans l’eau des ICPE à l’origine des principaux rejets(Flux de pollution en kg/an-année 2003).
Les rejets de polluants dans l’eau des ICPE à l’origine des principaux rejets(Flux de pollution en kg/an-année 2003).

— La chimie industrielle apporte les plus grosses contributions à la pollution par l’azote. Les rejets en milieu naturel après traitement en station d’épuration interne sont de l’ordre de 2400 t/an. Rhodia Electronics & Catalysis (La Rochelle) en rejette la presque totalité (1900t/an) dans l’océan atlantique. Il faut toutefois préciser que ces rejets sont en baisse par rapport à 2001 (- 45 % environ). L’installation Rousselot SAS en rejette pour sa part environ 170 t/an dans les Eaux Claires. La construction d’un bassin de nitrification-dénitrification devrait abattre de moitié cette pollution.
— Le phosphore a pour principale origine les secteurs de la chimie et de l’agro-alimentaire. Rhodia Electronics & Catalysis (La Rochelle) en rejette 11 t/an et ne respecte pas ainsi la norme fixée à 5 t/an. Rhodia Food (Melle) en rejette environ 5,5 t dans La Légère. France Champignon en rejette 8 t en station d’épuration communale.
— Les effluents des industries papetières et agroalimentaires peuvent contenir une forte DCO (Demande Chimique en Oxygène). Otor papeterie St Michel est le plus gros émetteur avec 900 t/an.
— Quelques grands établissements sont à l’origine des principaux rejets toxiques : Saft RBS (22 kg/an de Cadmium dans la Charente), Angoulême traitement de surface ( 38 kg/an de nickel dans la Charente)….

Rappel : L’arrêté ministériel du 24 décembre 2002 concernant la déclaration annuelle des émissions polluantes donne les seuils de rejets autorisés par polluant et par ICPE. L’arrêté préfectoral d’autorisation peut cependant imposer des seuils plus restrictifs. Il impose également la mise en œuvre d’une autosurveillance des rejets dont sont issues les données ci-dessus. Source : d’après « La prévention des pollutions et des risques industriels en Poitou-Charentes », bilan 2003, DRIRE.

L’alimentation en eau potable directement tributaire de la qualité des eaux souterraines et superficielles

Les contaminations par les pollutions diffuses ont conduit à l’abandon d’ouvrages prélevant en nappes libres.

Depuis 15 ans, 33 ouvrages en Charente, près de 100 en Charente-Maritime, 21 en Deux-Sèvres et 30 dans la Vienne ont dû être abandonnés pour des problèmes de qualité

(source : DRASS et DDASS).

La pollution par les nitrates et les produits phytosanitaires, d’origine agricole ou non, entraîne une situation préoccupante.

— Les ressources en eaux souterraines de la région sont le plus souvent à faible profondeur, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux pollutions. Elles se dégradent de manière continue et régulière depuis les années 1970 pour ces deux paramètres. La teneur en nitrates des eaux brutes souterraines croît, sur certains secteurs, en moyenne de 1 à 2 mg/l/an depuis vingt-cinq ans. Les teneurs les plus importantes sont observées dans les aquifères du Jurassique moyen (Dogger) et du Jurassique supérieur où en 2002 environ 20 % des ouvrages du réseau régional présentaient des teneurs supérieures à la normes de potabilité de 50 mg/l (ces aquifères sont utilisées à la fois pour l’irrigation et l’alimentation en eau potable). Les eaux naturelles ne contiennent généralement pas plus de 10 mg/l de nitrates et toute concentration supérieure à ce seuil est le signe d’une influence anthropique (source : ifen). Les valeurs sont toutefois faibles dans les nappes captives. En ce qui concerne les produits phytosanitaires dans les eaux brutes, près de la moitié des points observés en 2002 sur le réseau régional (45 sur 96) ont fait l’objet d’un dépassement de seuil de potabilité (0,1 µg/l par molécule) ; les teneurs les plus élevées sont observées en Charente, Charente-Maritime et au sud de la Vienne.

— La qualité des eaux superficielles est également fortement altérée par les nitrates. En 2002, la Charente et la plupart de ses affluents, la Seudre, la Lizonne, la Tude, le Clain et la Sèvre Niortaise (…) sont classés en qualité médiocre. En ce qui concerne les produits phytosanitaires, en 2001, 8 % environ des points d’observation sur l’ensemble des cours d’eau sont de mauvaise qualité, 10 % de qualité médiocre et 50 % environ de qualité moyenne (grille SEQ-Eau aptitude à la vie aquatique). La principale substance détectée dans les eaux est l’atrazine (source : GRAP). Le Thouet, l’Argenton, la Sève Nantaise sont très vulnérables. La qualité des eaux de la Charente et de ses affluents en aval d’Angoulême est quant à elle très altérée (impact de la viticulture).

Les normes sur l’eau potable (eaux distribuées) sont régulièrement dépassées.

Répartition de la concentration en nitrates de l’eau distribuée en 2003 Teneurs maximales (mg/l) et Répartition de la concentration en phytosanitaires de l’eau distribuée en 2003Teneurs maximales (µg/l)
Répartition de la concentration en nitrates de l’eau distribuée en 2003 Teneurs maximales (mg/l).
Répartition de la concentration en nitrates de l’eau distribuée en 2003 Teneurs maximales (mg/l).
Répartition de la concentration en phytosanitaires de l’eau distribuée en 2003Teneurs maximales (µg/l).
Répartition de la concentration en phytosanitaires de l’eau distribuée en 2003Teneurs maximales (µg/l).

— Si 2 % de la population reçoit une eau contenant plus de 50 mg/l de nitrates en moyenne, près de 11 % des usagers reçoivent une eau dont la concentration maximale en nitrates peut dépasser 50 mg/l (concentration maximale admissible).
— Un peu moins de 18 % de la population a été concerné par des dépassements de limites de qualité par les produits phytosanitaires : des interdictions de consommation ont été prononcées (en Charente et en Deux-Sèvres) ; elles concernaient 0,7 % de la population. En effet, des teneurs supérieures aux valeurs maximales sanitaires ou à 20 % de ces valeurs pendant plus de 30 jours consécutifs, impliquent que l’eau ne doit pas être utilisée pour la boisson et pour la préparation des aliments.

Un besoin de sensibiliser et d’informer

2964> L’incitation à préserver les ressources en eau, le soutien des bonnes pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, la mise en place de programmes spécifiques, l’information du public sont donc des étapes indispensables à la responsabilisation de tous pour l’amélioration et la reconquête de l’eau.

  • Le code de bonnes pratiques agricoles a pour but de servir de guide aux agriculteurs dans leurs activités d’élevage et de fertilisation des sols afin de protéger les eaux contre la pollution par les nitrates.
  • La Directive Cadre sur l’Eau impose une consultation du public sur les questions importantes définies par bassin en vue de reconquérir la ressource pour un bon état de l’eau en 2015 ; une campagne d’information et une consultation du public a eu lieu entre mai et novembre 2005.
  • Pollution : Dégradation de la qualité d’un produit ou d’un milieu qui affecte son aptitude à certains usages ou à servir de support à la vie de certains organismes.
  • Polluants, Polluant : Substance responsable d’une pollution ou susceptible de provoquer une pollution si elle est introduite en quantité excessive dans un produit ou un milieu.
  • Aquifères : Le terme aquifère est utilisé dans deux acceptations : pour décrire les propriétés d’un milieu capable de contenir de l’eau en partie mobilisable. Et ce terme décrit aussi l’ensemble de "roches perméables comportant une zone saturée […] suffisamment conducteur d’eau souterraine pour permettre l’écoulement significatif d’une nappe […] et le captage de quantités d’eau appréciables" (Castany et al., 1977).
  • Aquifère captif : Aquifère entièrement saturé comportant une nappe captive délimité au toit par des formations à perméabilité très faible faisant obstacle à tout flux appréciable.
  • Azote : Numéro atomique 7. L’azote est un constituant de l’atmosphère (75% de l’air que nous respirons est composé d’azote) et de la croûte terrestre. L’azote sous sa forme ammoniacale est un nutriment pour les végétaux. L’azote peut se trouver sous différentes formes (nitrate NO3-, nitrite NO2-, ammoniac NH4+).
  • Bassins versants : En hydrologie de surface, c’est le domaine sur lequel tous les écoulements des eaux convergent vers un même point, nommé exutoire du bassin versant. La limite physique de ce domaine est la ligne des crêtes appelée ligne de partage des eaux. De la même manière pour les eaux souterraines, un bassin versant englobant les circulations des eaux dans le domaine souterrain est définissable.
  • Cénomanien : Premier étage le plus bas du Crétacé supérieur entre l’Albien et le Turonien, soit l’intervalle de temps compris entre -99,6 Ma et 93,5 Ma.
  • Débit : Le débit d’un cours d’eau en un point donné est la quantité d’eau (m3) passant en ce point par seconde ; il s’exprime en m3/s.
  • Débit de crise : Valeur de débit, fixée par le SDAGE, au-dessous de laquelle sont mises en péril l’alimentation en eau potable et la survie des espèces présentes dans le milieu, qui doit en conséquence être impérativement sauvegardée par toutes mesures préalables, notamment de restriction des usages.
  • Déficit hydrique : Différence cumulée entre l’évapotranspiration potentielle (évaporation du sol et transpiration de la végétation) et les précipitations pendant une période où ces dernières sont inférieures à la première.
  • Demande Chimique en Oxygène : Elle représente le poids d’oxygène nécessaire à la dégradation par voie chimique de la totalité de la matière organique présente dans l’eau.
  • Drainage : Opération qui consiste à collecter et évacuer, notamment au moyen de fossés ou de drains, des eaux présentes en excédent dans le sol et le sous-sol.
  • Eaux brutes : Eau superficielle ou souterraine telle qu’elle se présente dans le milieu naturel avant d’avoir été traitée en vue d’un usage. (directive 75/440).
  • Eaux usées : Eaux ayant été utilisées par l’homme. On distingue généralement les eaux usées d’origine domestique, industrielle ou agricole. Ces eaux sont rejetées dans le milieu naturel directement ou par l’intermédiaire de système de collecte avec ou sans traitement.
  • Effluents : Eau résiduaire sortant d’une station de traitement, d’un complexe industriel ou d’un étang d’épuration.
  • étiage : Période de plus basses eaux des rivières et des nappes souterraines.
  • Grandes cultures : Elles regroupent les céréales, les oléagineux et les protéagineux (ou COP).
  • Indices, Indice : (lié à l’interprétation de la carte du bilan piézométrique régional)
    Afin de connaître la position de la moyenne de l’année 2002 (par exemple) par rapport au maximum de référence observé les années antérieures, un indice est calculé : Indice 2002 = (moy_2002-min_ref)x100/(max_ref – min_ref). Cet indice donne une idée du taux de remplissage de la nappe au point de suivi, par rapport à l’historique des mesures ; les min_ref et max_ref étant les valeurs extrêmes observées les années antérieures. Ainsi, un indice > 50% correspond à un bon taux de remplissage, un indice = 50% monte un taux de remplissage moyen et un indice < 50% indique un taux de remplissage plutôt médiocre.
  • Indicateurs : "Paramètre, ou valeur calculée à partir de paramètres", qui décrit ou donne des indications sur "l’état d’un phénomène, de l’environnement ou d’une zone géographique, d’une portée supérieure aux informations directement liées à la valeur d’un paramètre."
  • Installations Classées pour la Protection de l’Environnement : Installations soumises aux dispositions du Code de l’environnement (titre 1er du Livre V) les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d’une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature et de l’environnement, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. Les dispositions du présent titre sont également applicables aux exploitations de carrières au sens des articles 1er et 4 du code minier (art. L.511-1 du Code de l’environnement).
  • Percolation : Circulation de l’eau à travers un milieu poreux. Cette eau se charge en éléments présents dans le milieu.
  • Phosphore : Numéro atomique 15. Le phosphore est présent dans les milieux aquatiques sous des formes phosphatées ((PO4)3-) combinées (orthophosphates, polyphosphates) ou liées à d’autres molécules organiques. Les phosphates sont des nutriments pour les végétaux.
  • Toarcien : Étage du Jurassique inférieur (voir stratigraphie) dont le stratotype a été défini par d’Orbigny en 1849 près de la ville de Thouars (Deux-Sèvres).
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